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Montpellier 3 se retire du projet IDEX associé à la fusion des universités montpelliéraines

mercredi 17 novembre 2010 par Claire Bornais

Pulsion suicidaire ou réflexe de survie ?

Pour vous faire un avis, voici la lettre envoyée aux personnels de l’université de Montpellier 3 aux personnels, dans laquelle elle donne des raisons de la décision qu’elle a prise.

Les explications de la présidente de Montpellier 3

Sujet : Initiative d’Excellence
Date : Tue, 16 Nov 2010 17:33:45 +0100
De : Anne Fraïsse [1]<anne.fraisse@univ-montp3.fr>
Pour : [2]l-chens@univ-montp3.fr, [3]l-iatos@univ-montp3.fr

Chers collègues,

Mercredi soir, lors d’une réunion dans le bureau du recteur, en présence
de 4 représentants de la Région, d’un représentant du préfet et des deux
autres présidents d’universités, j’ai du me résoudre à quitter les
négociations sur le projet d’Initiative d’Excellence (IDEX).

Un courrier de la Ministre, adressé à la présidente du PRES*, fait de la
fusion une condition de réussite de l’IDEX et, dans le même temps, les
Humanités sont tenues à l’écart de cet IDEX. On nous demande ainsi tout à
la fois de renoncer à faire valoir la qualité de notre recherche et de nos
formations et de disparaître dans une nouvelle université entièrement
dédiée à d’autres disciplines que les nôtres. Autant nous demander de nous
saborder.
C’est une décision grave dont je mesure les conséquences pour notre
université et l’avenir du site. Par tempérament je préfère toujours
trouver une solution, même s’il s’agit d’un compromis, mais cette fois,
malgré tous les efforts que notre équipe a déployés depuis 12 mois, je ne
vois aucune issue acceptable, aucune alternative pour garantir la
pérennité des Humanités à Montpellier. Il y avait bien un projet de grand
établissement porté par Montpellier II qui aurait pu permettre de fédérer
l’ensemble des forces scientifiques du site tout en garantissant leur
autonomie, mais il s’est heurté aux pressions politiques en faveur d’une
fusion plus favorable aux écoles et aux instituts.

Quelques paragraphes ne suffisent pas pour vous expliquer comment nous en
sommes arrivés à cette décision et, au risque d’être longue, je crois
nécessaire de revenir sur les discussions que nous avons eu sur la fusion
depuis près de trois ans.

Du projet de fusion à la création du PRES UMSF (juin 2009)

Lors de la campagne de 2008 pour l’élection aux Conseils, la question de
la fusion des universités n’était pas prioritaire. Pourtant depuis bientôt
3 ans, l’agenda gouvernemental en a décidé autrement et cette question
nous mobilise fortement. Les orientations politiques que nous avons
défendues au cours de ces négociations traduisent la volonté de ne pas
s’opposer par principe à une évolution des universités, à condition que la
place des Lettres, Langues, Arts, Sciences Humaines et Sociales soit
respectée.

C’est dans cette optique que nous avons accepté de nous engager dans la
création d’un PRES UMSF et dans un processus de fusion qui conditionnait
la candidature de Montpellier au Plan CAMPUS. Les efforts pour rétablir
les finances de l’établissement, structurer notre offre de formation et
notre recherche, nous permettaient de négocier en égaux avec les
universités de Montpellier 1 et Montpellier 2. Il nous semblait donc
possible de construire une université unique à Montpellier respectueuse de
la diversité scientifique des établissements membres.

Les obstacles au processus de fusion

Ce processus de fusion s’est très vite enrayé. Le PRES UMSF devait jouer un rôle de coordination et être un lieu de débat et de rapprochement ; il
s’est positionné en gouvernance des universités dans ses secteurs
d’activité. Des conflits personnels entre la présidence de Montpellier 1
et le PRES se sont doublés de conflits entre les anciens personnels du « 
Pôle Européen », intégrés dans le PRES, et les responsables des
universités. Des actions comme l’accueil des étudiants étrangers et
l’international qui constituaient une vraie réussite à porter au crédit du
Pôle Européen, sont devenues sources de conflits avec les universités.
Quant aux relations entre les présidences de Montpellier 1 et Montpellier
2 et la présidence du PRES ce n’est un secret pour personne qu’elles sont
vite devenues exécrables. Progressivement, le PRES s’est mis à fonctionner
sans lien avec les universités ne les consultant même pas sur des dossiers
aussi essentiels que le contenu des projets immobiliers du Plan CAMPUS.
Loin des grands discours ministériels sur « l’autonomie des universités »,
M. le recteur nous apprend ainsi qu’il discute avec la Mairie de
Montpellier et le PRES de la localisation et du contenu de l’ATRIUM (le
projet de nouvelle bibliothèque et de lieu de vie étudiante porté par UM3)
sans même nous en informer.

À ces conflits de personnes sont venus s’ajouter des conflits
institutionnels plus sérieux et des problèmes financiers. L’université
Montpellier 1 et l’université Montpellier 2 se sont opposées sur le modèle
d’organisation de la future université unique de Montpellier. UM1
souhaitait une fusion aboutissant à une seule université facultaire, une
sorte de « grande » Université Montpellier 1. UM2 s’y opposait estimant
qu’on ne pouvait gouverner des milliers de chercheurs et de personnels
administratifs et des dizaines de milliers d’étudiants avec une vingtaine
d’élus. UM2 voulait au contraire renoncer au statut d’université pour
créer un « grand établissement » absorbant les 3 universités et organisé
sous forme de « pôles » thématiques avec un Sénat Académique élargi
permettant une meilleure représentation des personnels. Ce schéma n’était
pas acceptable par les deux autres établissements car il donnait un poids
trop grand aux sciences « dures » et aux laboratoires par rapport aux
composantes, UFR et Instituts.

Pendant toute cette année 2010, nous avons cherché à rapprocher les points
de vue en proposant plusieurs solutions de compromis. Nous suggérions,
pendant un temps, de créer une université « fédérale » où le PRES donnait
à l’international et à l’extérieur une identité unique à Montpellier, tout
en conservant le contrôle des domaines de formation et de la recherche
dans les universités. Nous n’avons pas ménagé nos efforts auprès des
présidences d’UM1, UM2, du PRES, du recteur, de la Région ou du cabinet de
la ministre, mais jamais nous n’avons pu aboutir. Chaque acteur restait
sur son projet sans même accepter de débattre du projet de l’autre.

A ce conflit institutionnel s’est ajouté une difficulté financière avec
l’adoption par le ministère d’un nouveau système de calcul des crédits des
universités, le modèle « SYMPA ». Ce nouveau système oublie totalement
l’interuniversitaire et pénalise les universités qui se sont engagées dans
une démarche de rapprochement et de mutualisation. Montpellier, et
particulièrement UM3 avec la BIU, ont été et sont toujours très affectées
par cette politique. Nos moyens en personnel administratif et nos crédits
sont réduits parce que nous portons la BIU. Au lieu de faciliter une
fusion des universités, le système « SYMPA » remet en cause tous les
processus historiques de rapprochement des établissements.

Un nouveau projet : le Grand Emprunt et « l’IDEX »

Enfin, le gouvernement a porté l’estocade au projet de fusion avec son
nouveau projet de Grand Emprunt et la création de l’IDEX. Nous connaissons
tous maintenant la stratégie de ce gouvernement qui annonce chaque jour un
nouveau projet pour ne pas avoir à rendre de compte sur les promesses non
tenues auparavant. Le Grand Emprunt promet des milliards de crédits à
quelques pôles « d’excellence » sélectionnés par un jury international. La
réalité est beaucoup plus modeste. Il s’agit, en fait, de donner à
certains secteurs de recherche les intérêts du placement de l’argent du
grand emprunt soit l’équivalent d’une grosse ANR pour les projets de LABEX
(laboratoires d’excellence) et un peu plus pour les IDEX (initiatives
d’excellence, d’abord appelées Campus d’excellence). Ces crédits ne sont
pas garantis puisqu’ils dépendent du rendement des placements boursiers et
ils ne sont dus que pour 4 ans tandis que les universités s’engagent à
financer l’action sur 10 ans... D’ailleurs tous les projets qui nous sont
proposés s’accompagnent de demandes de financement à prendre sur notre
budget récurrent : 240.000 EUR pour une année de PRES (sans compter les
personnels mis à disposition et les crédits interuniversitaires
centralisés au PRES), 250.000 EUR demandés par la Région pour le projet
IHU, Une somme non encore chiffrée mais annoncée comme très conséquente
pour le projet de société anonyme de valorisation de la recherche, etc...
Surtout, sous couvert d’excellence, le projet du gouvernement cible
certains secteurs scientifiques et oublie quasiment nos disciplines. Même
excellente, la recherche en Lettres Langues, Arts, Sciences Humaines et
Sociales, ne peut prétendre qu’à un rôle d’appoint de projets jugés plus
rentables pour les entreprises, agro-alimentaire, chimie, bio-santé,
etc...

Le manque d’intérêt pour l’excellence dans nos disciplines

Dans ce contexte la fusion n’était plus possible puisque la future
université unique allait devoir s’engager à financer en priorité certaines
disciplines sans qu’aucune garantie ne soit donnée aux autres quant à leur
pérennité. Pour Montpellier III nous n’avions plus comme perspective que
d’assurer la formation en langue des futurs étudiants et collègues « 
d’excellence » qu’accueilleraient l’agro, la chimie ou la biologie et la
santé.

Les discussions sur le périmètre de l’IDEX à Montpellier ont bien vite
montré cet écueil. Une quinzaine d’organismes représentant quelques
centaines d’étudiants discutaient de la prééminence de la biologie sur la
santé, de la priorité à donner à l’environnement ou à l’agronomie, au
milieu aquatique ou au milieu marin et lorsque l’université Montpellier
III a souhaité que la culture et l’interculturalité soient mentionnées
pour décrire l’ensemble des humanités il nous a été répondu que si chacun
demandait un mot clef pour sa discipline on n’y arriverait pas... Un mot
pour décrire les Lettres, les Langues, les Arts, la psychologie, la
sociologie, l’histoire, la géographie, le développement social et les
ressources humaines, la documentation, l’information et la communication
c’était déjà trop, tandis qu’il fallait bien un mot pour chaque
sous-équipe de chaque laboratoire d’agronomie.

La nouvelle proposition faite par l’université Montpellier II pouvait
débloquer la situation et permettre un équilibre entre IDEX et autres
domaines d’excellence, universités, organismes de recherche, instituts et
écoles. Au lieu de chercher à fusionner les établissements en faisant
disparaître toute autonomie, le projet UM2 proposait de les associer dans
un processus de co-construction des pôles scientifiques. Tout en restant
autonomes, les universités et les organismes étaient invités à s’associer
aux pôles scientifiques de UM2 pour partager la construction de ces pôles.
En SHS, par exemple, le projet consistait à réunir UM2 et UM3 sur un même
pôle qui aurait pu piloter, dans un premier temps l’IUFM, voire la
Bibliothèque inter-universtaire. À l’opposé des conflits d’intérêts qui
ont bloqué tout processus de rapprochement, UM2 faisait le choix de la
confiance et du respect mutuel pensant que les complémentarités
conduiraient avec le temps les différents acteurs à développer ensemble
une politique scientifique commune. UM1, Supagro, l’école de chimie
craignant de perdre leur leadership se sont opposés à ce projet, rejoint
en cela par le PRES et surtout la Région, le préfet et le recteur.

Mercredi nous avons eu copie d’une lettre adressée à la présidente du PRES
par la ministre. Une lettre que des plumes locales avaient manifestement
aidé à rédiger et qui faisait de la fusion LRU des trois universités la
condition de tous les projets montpelliérains sur le ton de la gouvernante
privant les enfants turbulents de dessert. La menace, outre son caractère
inadmissible lorsque l’on prétend promouvoir l’autonomie des universités,
pèse en réalité essentiellement sur Montpellier III et son projet d’ATRIUM
puisque le ministère et la Région se sont déjà entendus pour financer la
faculté de médecine, l’école de chimie et, par ce courrier, les projets du
CROUS et de SupAgro. UM3 fait ainsi les frais de l’incapacité d’UM1 et UM2
à s’entendre et des multiples annonces gouvernementales.

Les différentes injonctions du ministère vont toutes dans le même sens et
écartent systématiquement nos disciplines pour une disparition programmée
des Humanités tout en insistant pour que le plan CAMPUS et l’IDEX se
fassent dans le cadre strict de la fusion. Cette disparition n’est
d’ailleurs même pas une garantie de succès pour le site puisqu’on nous
annonçait par la même occasion qu’il n’y aurait finalement que 2 ou 3 IDEX
en France dans un premier temps, et peut être 6 au terme du processus.

Il n’est pas acceptable de souscrire à un tel schéma imposé par des
acteurs pour qui le développement scientifique de Montpellier n’est pas la
priorité. C’est la raison pour laquelle j’ai du me résoudre à retirer UM3
du projet d’initiative d’excellence. Pour la même raison l’Université
pourrait être appelée à renoncer au plan CAMPUS malgré tout l’intérêt du
projet ATRIUM, parce qu’on ne peut sacrifier les Humanités pour un plat de
lentilles payé à crédit et dont on ne sait même pas s’il sera servi un
jour.


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